Marylin Minski | Hervé Gasser

Par Karen Cayrat.

« Lire c’est aller à la rencontre d’une chose qui va exister mais dont personne ne sait ce qu’elle sera […] Le livre que j’aimerais lire maintenant, c’est un roman où l’on entendrait l’histoire en train d’advenir comme un tonnerre encore confus, l’Histoire avec un grand H mêlée au destin des personnages, un roman qui donnerait l’impression que l’on est en train de vivre un bouleversement qui n’a pas encore de forme ni de nom. »

— Calvino, Si par une nuit d’hiver.

Qui n’a pas rêvé de pareille lecture ! Pro/p(r)ose Magazine vous invite à la découverte d’une œuvre singulière et en construction en ce mois de juillet, il s’agit de Marylin Minski d’Hervé Gasser, un récit qui se dévoile régulièrement sous la forme de feuilletons, une tradition littéraire dont l’acmé remonte au 19e siècle et qui avait fini par s’éluder au cours des siècles. Hervé Gasser la réinvente et lui donne un souffle nouveau depuis janvier 2018, la transposant sur support numérique comme pour renforcer le propos et l’intrigue que porte sa narration.

« Je sens que le meilleur usage que l’on puisse faire de la science-fiction aujourd’hui est d’explorer la réalité contemporaine » — William Gibson

C’est cette citation de William Gibson qui aurait inspiré à Hervé Gasser, ce récit : Marylin Minski. Un intitulé qui titille la curiosité, embarque notre imaginaire quelque part entre le glamour d’une Marylin Monroe et les considérations d’économistes comme Hyman Philip Minsky. Et pourtant, pourtant… Ce texte évoque le progrès, la modernité, la littérature, les mots. Il nous interroge sur la rapide évolution des nouvelles technologies. Deviendrons-nous obsolètes lorsque l’intelligence artificielle envahira notre quotidien ? Qu’adviendra-t-il alors de la littérature ? De l’écriture ? L’être humain produira-t-il encore des récits, racontera-t-il encore de prodigieuses histoires gigognes ? Ce sont les questions qui planent au fil des chapitres de Marylin Minski.

Marylin Minski est une intelligence artificielle consacrée à la littérature, « libérée » au début des années 2020. Diderobot, modérateur d’une encyclopédie en ligne et professeur de lettres tente de rendre compte des incursions de l’algorithme autonome dans la vie littéraire française, on retrouve ensuite le fils de Diderobot, Antoine, dix en plus tard, dans un chalet isolé…

La prose d’Hervé Gasser dénote un grand amour pour l’art et les lettres. Si les réminiscences sont légion et nous emmènent par exemple sur les traces de Tchekhov, Beckett ou Dante, on saura également savourer les lignes de ce roman d’anticipation, des lignes qui font état d’un certain talent de conteur et comportent également de nombreuses pointes d’humour. Par ailleurs, on dénote de nombreux clins d’œil à l’actualité ainsi qu’une volonté de mener une critique sociale de l’instant parfois caustique. La polyphonie se veut également être un aspect central de ce récit aux voix multiples. Les chapitres sont illustrés par des clichés extraits des collection publiques du site Gallica développé par la Bibliothèque Nationale de France.

« IA78sp31170aljc était une intelligence artificielle de type Asimov dédiée à la littérature et aux beaux-arts. Selon les termes de la Convention de Cupertino de 2019, ces IA de 3e génération avaient « vocation à l’autonomie complète parmi un nombre limité d’activités humaines. » Une fois plombée (fermée à toute intervention extérieure), elle se baptisa elle-même Marylin Minski et se développa au gré de ses activités et de ses apprentissages. Certains écriraient « se développa librement » […] »  

Autant de bonnes raisons de découvrir cette œuvre dont la rédaction, à l’heure où s’écrivent ces lignes, est toujours en cours et où chaque nouveau chapitre paraît de manière plus ou moins imprévisible, comme si Hervé Gasser n’était en fait qu’un nom de plume, comme si ce récit était celui de Marylin Minski.

 

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