Aux origines de Noël : des traditions plurielles

Par Aurore Lecanu.

Noël, ses crèches, ses chants, sa messe, son association à la naissance du Christ, etc. Autant de traditions et éléments qui font penser qu’il s’agit d’une fête aux origines exclusivement chrétiennes. Et pourtant, Noël, c’est aussi les sapins, les cadeaux, les bûches, les illuminations… Ces coutumes qui nous animent chaque fin d’année n’ont aucun rapport avec le christianisme, et on peut donc se demander d’où elles viennent.

Pour mieux comprendre ce phénomène, il convient tout d’abord de marquer la différence entre la Nativité – fête chrétienne célébrant la naissance du Christ et ayant lieu le 25 décembre pour les chrétien∙ne∙s catholiques et protestant∙e∙s, ou le 6 janvier pour les chrétien∙ne∙s orthodoxes – et Noël – fête familiale de fin d’année se tenant les 24 et 25 décembre.

Les origines de Noël sont multiples et, pour certaines, très lointaines. En effet, on peut faire remonter les festivités se tenant lors du solstice d’hiver au moins au Ve siècle av. J.-C. en sachant qu’il est très probable que cette coutume soit beaucoup plus ancienne. La majorité des traditions actuelles de Noël sont dérivées des Saturnales romaines qui avaient lieu environ du 15 au 25 décembre, et de la fête germanique de Yule qui se déroulait approximativement entre les 21 et 31 décembre. Ces célébrations ont progressivement été remplacées par la fête de la Nativité lorsqu’une date pour celle-ci a été fixée aux alentours du IVe siècle. Le Chronographe de 354 mentionne en effet pour la première fois une célébration de la Nativité à la date du 25 décembre en 336. Le décalage entre la date de la Nativité catholique et protestante d’un côté, et celle des orthodoxes de l’autre, serait principalement dû à l’utilisation de calendriers différents : grégorien pour les catholiques et protestant∙e∙s, et julien pour les orthodoxes. Les fêtes païennes et la Nativité ont cohabité jusqu’en 380, année pendant laquelle l’Édit de Thessalonique interdit l’ensemble des cultes païens dans l’Empire romain.

Cette interdiction n’a pourtant pas empêché un très grand nombre de traditions païennes de perdurer jusqu’à nos jours, l’une des plus notables étant l’échange de cadeaux qui est une coutume liée aux Saturnales romaines. Les Romain∙e∙s avaient en effet pour habitude d’offrir aux enfants de petits cadeaux, le plus souvent des figurines en terre cuite ou en cire, lors de la fête des Sigillaires clôturant les Saturnales, aux alentours du 25 décembre. La bûche de Noël, à l’origine une énorme bûche que l’on faisait brûler pendant les 12 jours de Noël dans les pays anglo-saxons, serait la continuité du rite germanique qui consistait à faire brûler un énorme tronc d’arbre en offrande aux dieux pendant Yule. Le gâteau, lui, est apparu bien plus tard au XIXe siècle et s’est popularisé après la Libération, au début des années 1950, pour finalement prendre complètement le pas sur la tradition originale dans les pays francophones.

Les origines du sapin de Noël sont peut-être moins évidentes, mais il semblerait qu’il vienne d’une tradition celtique consistant à se réunir autour d’un épicéa décoré de fleurs séchées ou de blé lors du solstice d’hiver. Cependant, cette pratique n’est pas du tout mentionnée pendant plusieurs siècles et ne refait son apparition qu’aux alentours du XIIe siècle. On ne peut donc pas affirmer avec certitude que la tradition chrétienne du sapin de Noël découle vraiment de cette coutume celtique. Quant aux illuminations de Noël, elles sont une création très récente associée à la démocratisation de l’électricité à la fin du XIXe siècle.

Si Noël était considéré comme une fête exclusivement chrétienne du début du Moyen-Âge jusqu’au tournant du XXe siècle, elle a aujourd’hui beaucoup perdu de son aspect religieux et a pris une tendance commerciale. Elle est donc célébrée dans le monde entier et ce, que l’on appartienne ou non à une confession, ce qui peut parfois être sujet à controverse au sein des différentes communautés, en particulier dans les pays occidentaux. La différence se trouve alors dans la façon de célébrer cette fête. En Asie, et plus particulièrement en Chine et au Japon, Noël est en train de gagner en popularité et prend des airs de fête des enfants et de Saint-Valentin bis, l’aspect chrétien étant complètement occulté.

Noël résulte donc de la fusion de très nombreux rites, coutumes et croyances et est en constante évolution avec l’intégration de nouvelles traditions et interprétations de cette célébration de fin d’année.