Gregor Sander : Transi d’Histoire(s) (&) d’amour | Retour à Budapest

Par Karen Cayrat.

En ce début d’année 2019, les éditions Quidam nous offrent une incursion en terre étrangère et hors du temps avec la parution de Retour à Budapest de Gregor Sander, savamment traduit de l’allemand par Nicole Thiers. Plus qu’un roman, l’occasion de découvrir, une plume adroite, emplie de délicatesse et d’émotions.

Si la prose de Gregor Sander reste méconnue voire totalement inédite ici en France, outre- Rhin, la réputation de l’auteur va croissante. Lauréat du fameux Preis der LiteraTour Nord en 2012 et du Deutscher Erzählerpreis en 2013 pour Winterfisch, il se voit décerner l’Annalise-Wagner-Preis pour Retour à Budapest (Was gewesen wäre) en 2014.  

retour à budapest gsRetour à Budapest nous raconte l’histoire d’une femme, Astrid, partagée entre passé et présent, entre la nostalgie d’une passion amoureuse vécue avec Julius et son quotidien en demi-teinte avec Paul qui l’embarque à Budapest, sur les traces de ce passé de l’autre côté du Mur de Berlin. Une époque révolue avec laquelle la plume de Gregor Sander se plaît à jouer, la faisant revivre avec beaucoup de finesse et de détails, l’intercalant et la fondant au cœur du développement de son œuvre comme pour accrocher le lecteur ; et le convier au questionnement, à la confusion, ou encore l’enivrer d’un vertige, qui à travers cette gamme d’aller et retour, livre une vision unique de notre société.

Un procédé qui parvient à donner un rythme singulier au récit de Gregor Sander servi par une écriture blanche qui, d’une manière presque clinique, nous amène au plus profond de la psyché de chacun des personnages dépeints. Si l’amour figure au cœur de ce roman, les amitiés, tensions et trahisons ne sont pas laissées-pour-compte, donnant à interroger l’humain sous de multiples jours. Un ouvrage aux entrées plurielles, qui propose une lecture guidée par l’émotion.

 

« Astrid s’éveille lentement. Elle n’émerge pas comme au sortir de l’eau, quand la lumière surgit brusquement et que les contours se clarifient. Ses yeux restent fermés et, tout en prenant lentement conscience d’elle, de son corps, de ses jambes, d’être assise, elle pense que cela fait des années qu’elle ne s’est pas réveillée ainsi. Avec cette lenteur et cette douceur. Un bruit de moteur. De voiture, de train ? Non, d’avion. Ses mains serrent des accoudoirs. Elle est en route vers Budapest et pour la première fois elle est vraiment heureuse de ces vacances que lui a offertes Paul, assis à côté d’elle, à sa droite. Il lui suffit d’ouvrir les yeux, de tourner la tête, il sera là. Peut-être est-il en train de lire, de regarder par le petit hublot ou d’écouter de la musique. Astrid espère qu’il ne dort pas la bouche ouverte ou la tête affaissée vers l’avant. Qui paraît à son avantage dans cette posture ? Et elle, a-t-elle ronflé ? Elle écarte cette éventualité et ne peut s’empêcher de penser à son amie Vera qui avait dit : « Pas vraiment un bel homme, mais il a quelque chose. » Astrid sourit en pensant à cette première soirée commune dans un restaurant français de Prenzlauer Berg. Paul a des cheveux clairsemés, coupés court, et quelques kilos de trop. Ses mains sont grandes, mais douces comme celles d’un enfant. Il ne mesure que quelques centimètres de plus qu’Astrid. Elle ouvre les yeux et Paul la regarde aussitôt. »

 

Gregor Sander est depuis ce mois de Retour à Budapest, n’hésitez pas à le rejoindre…

 



retour à budapest gs

 

Editions Quidam

256 pages

Traduit de l’allemand par Nicole Thiers
Collection : Made in Europe

ISNB : 978-2-37491-080-

 

 



 

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