PRO/PROSE MAGAZINE

HERVÉ BIROLINI LAURÉAT DU PRIX DE MUSIQUE QUATTROPOLE

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Par Thomas Creusot.

Le mois dernier, un nouvel événement musical a vu le jour dans notre région : retour sur la première édition du prix de musique QuattroPole, qui a couronné le compositeur messin Hervé Birolini.

Vous l’ignorez peut-être, mais peut-être pas, cela va faire près de vingt ans que quatre villes, situées dans trois pays voisins au cœur de l’Europe, cherchent à inventer de nouvelles formes de coopération. Depuis l’an 2000, Luxembourg, Metz, Sarrebrück et Trèves se sont ainsi regroupées au sein du QuattroPole, et multiplient les projets de partenariats, notamment dans les domaines économique ou culturel.

Pour franchir trois frontières et faire fi d’autant de barrières linguistiques, il apparaît tout naturel de s’en remettre à la musique : après la création d’un festival de théâtre étudiant et d’un prix d’art Robert Schuman, le QuattroPole a lancé, cette année, un prix musical. Investi dans la promotion du numérique, le réseau a choisi de récompenser une musique innovante, recourant à des technologies nouvelles. La sélection fut rude : sur la cinquantaine de candidatures reçues, seuls quatre finalistes, chacun issu de l’une des quatre villes du QuattroPole, ont été retenus. Ils se sont produits, le 5 avril, sur la scène de la Tuchfabrik, à Trèves.

Alexander Reiff, le local de l’étape, avait conçu, à partir d’algorithmes, une étonnante mise en musique des dix images les plus « aimées » sur Instagram, dont les couleurs et les motifs génèrent sonorités, mouvement et textes. Ces Tableaux d’une exposition façon réseaux sociaux, d’une durée record de trente secondes, se situent ainsi au point de rencontre entre les domaines d’études du jeune compositeur : la musique et les mathématiques. Le deuxième finaliste allemand, Florian Schwanborn, a proposé un troublant jeu de miroir, où les sonorités d’un piano sont reprises et transformées par un instrument numérique, baptisé Essentia. En trois temps, la performance, par une mise en lumière subtile, met en scène une sorte d’effacement de l’interprète devant la machine numérique. Sortant elle aussi des sentiers battus, la Luxembourgeoise Catherine Kontz avait imaginé une déambulation acoustique le long de la Fleet, rivière londonienne en grande partie enterrée depuis le XVIIIe siècle. Le téléphone portable et le casque audio permettaient à l’auditeur de découvrir à la fois des enregistrements captés sur place et des compositions réalisées en studio.

Mais le jury, composé de personnalités reconnues (musiciens, programmateurs, directeurs artistiques, professeurs…) issues des quatre villes du QuattroPole, a couronné le Messin Hervé Birolini, pour sa pièce Exartikulations. Sur scène, trois interprètes : un contrebassiste, une danseuse et un percussionniste. Les trois modes de création –instrumentale, gestuelle et électronique – dialoguent devant un panneau composé de seize haut-parleurs lumineux. Ainsi, selon les mots du président du jury et adjoint au maire de Trèves en charge de la Culture, Thomas Schmitt, l’œuvre du Messin « met en scène bien plus que de la musique pour les oreilles, mais de la musique insonore, de la musique pour les yeux ».



 

À la croisée de la musique concrète et de l’installation contemporaine, Exarticulations propose ainsi une aventure synesthésique où le corps et la machine, le son et la lumière, l’espace et le mouvement se répondent en faisant éclater les barrières des genres traditionnels. On ne saurait imaginer meilleure ambition pour un prix transfrontalier.

 
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