Carlo Ossola |Fables d’identité

Par Philippe Poivret.

Carlo Ossola est italien et professeur au collège de France, titulaire de la chaire « Littératures modernes de l’Europe néolatine ». Ce qui à soi tout seul devrait déjà aiguiser la curiosité. Quand on sait qu’il veut nous emmener découvrir les racines de l’Europe, accompagné de quelques-uns de ses amis tous plus érudits les uns que les autres, il n’y a plus aucune raison d’hésiter, le voyage s’annonce étonnant. Et il l’est !
Un mot pour commencer sur l’intitulé de sa chaire. Il s’agit de chercher dans les littératures modernes, celles qui débutent avec la Grèce antique, les racines de l’Europe, héritière de Rome et du latin. Vaste sujet donc, mais au cœur des préoccupations de celles et ceux qui défendent l’Europe non pas comme un territoire géographique mais comme un ensemble qui a une culture et des
origines communes.

Le voyage commence à Anderlecht aux Pays-Bas, ville où Erasme, le premier humaniste à vécu pour continuer en France à Saint Benoit sur Loire et Germigny-des-Prés. Un petit tour en Suisse dans le Tessin et nous voilà à Trèves, ville de Karl Marx et de l’empire romain.

Carlo Ossola nous rappelle que l’auteur du Capital cite à plusieurs reprise la Divine Comédie et qu’il flotte à Trèves un parfum italien. Après Pécs en Hongrie, il s’arrête à Lviv en Ukraine et cite Kieslowski « Aujourd’hui, je me suis mal comporté dans le cosmos, j’ai passé toute la journée sans poser de question, sans m’étonner de rien ». Ce qui pourrait résumer l’attitude de Carlo Ossola. Odessa, en Ukraine, qui « est une mémoire profondément italienne et profondément universelle », Ankara où il
trouve le moyen de citer Mandelstam avec « un japonais qui, \Ayant su pénétrer mon âme,\ En langue turque me traduit », et Mystras en Grèce, nous portent jusqu’à Otrante et Reggio de Calabre dans le sud de la botte où l’on sait que « l’Italie est cette intarissable source-toute méridionale- d’hospitalité, d’acuité dans les nuances et de vision de la grandeur », que « l’inconditionné humain,(est) notre trésor véritable » et que le poème, La Ginestra de Leopardi devrait représenter partout l’Italie.

Le voyage se poursuit à Fréjus, Liébana en Espagne, Belém au Portugal où il découvre « le cœur de l’Europe : au-delà de toute fonction, l’absolu de la forme parfaite », Glendalough en Irlande et Rome. Dans le chapitre suivant « Villes d’utopie », il cite Clade Lévi-Strauss « Le végétal est le modèle de l’homme », phrase à laquelle il adhère parfaitement. Une réflexion sur Ulysse symbole de connaissance, et Enée symbole de responsabilité, tous deux à l’origine de notre façon d’être précède « Aristote n’habite plus ici » et « Le mausolée de Lénine ».

Le révolutionnaire russe y repose puisque ni la terre ni le ciel n’en ont voulu, et le voyage « pour retrouver l’Europe » comme l’indique le sous-titre s’achève là.

 


Une contribution de Philippe Poivret, responsable de la rubrique Lire et relire du mensuel franco-italien Passaparola dont nous vous recommandons chaleureusement la lecture.


  • PUF
  • 256 pages
  • ISBN: 978-2130810018