Fête des Pennons 2019 : « 1269-1271 : Les Lyonnais à l’assaut de leur histoire »

Par Aurore Lecanu.

 

Moins connue que la célèbre fête des Lumières, la fête des Pennons met chaque année en avant un événement de l’Histoire de Lyon et anime le quartier historique de Saint-Jean. Pour l’édition 2019, c’est le Moyen-Âge, et plus particulièrement les années 1269-1271, qui sont à l’honneur.

 

Les Pennons, quésaco ?

Au Moyen-Âge, les Pennons désignent l’organisation civile chargée de la défense de la ville de Lyon. Ils sont regroupés par quartier sous un pennon, drapeau de forme triangulaire, et assurent notamment la garde de nuit et la lutte contre les incendies. Formés au XIIIe siècle, leur existence est légalisée en 1320 avec la Charte Sapaudine accordée par l’archevêque de Lyon, Pierre de Savoie. Ils assurent leurs fonctions jusqu’à la Révolution française, période à laquelle ils disparaissent suite à la décision du nouveau gouvernement révolutionnaire de les faire remplacer par une garde nationale.

Depuis un peu plus de 30 ans, la Compagnie des Pennons de Lyon, associée au Comité des fêtes de Lyon, travaille à la mémoire de l’histoire lyonnaise en organisant la fête des Pennons et des ateliers sur la musique, les costumes, la danse, l’escrime et l’équitation à la Renaissance, âge d’or du pennonage lyonnais.

 

Contexte historique de l’édition 2019 

À la seconde moitié du XIIIe siècle, les tensions entre la population lyonnaise et les chanoines-comtes (membres du clergé bénéficiant également du titre de comte) qui dirigent alors la ville ne cessent d’augmenter en raison des abus de pouvoir des chanoines, seuls détenteurs de la justice. Une autre source de conflit vient de la volonté des habitant∙e∙s d’obtenir leur indépendance.

L’abdication de l’archevêque de Lyon, Philippe de Savoie, en 1268, aggrave la situation et après plusieurs mois de tension, le conflit éclate suite à l’arrestation par l’archevêché de plusieurs bourgeois. Les Lyonnais∙e∙s assiègent alors le cloître Saint-Jean, puis celui de Saint-Just où les chanoines se sont réfugiés. Seule l’arrivée des troupes du comte de Forez force les habitant∙e∙s à faire retraite et à accepter une trêve.

Cependant les menaces d’excommunication et de mise en interdit de la ville par l’évêque d’Autun poussent les Lyonnais∙e∙s à reprendre les armes et à mener des attaques particulièrement violentes sur les terres des chanoines à Civrieux, Genay, Couzon et Ecully en octobre et novembre 1269.

Au mois de décembre, l’évêque exécute sa menace, frappe la ville d’interdit et excommunie ses habitant∙e∙s, menant à la conclusion d’une nouvelle trêve en janvier 1270 et à l’ouverture de discussions sous l’autorité morale du pape et du roi.

Les bourgeois∙e∙s lyonnais∙e∙s se voient contraint∙e∙s de limiter leurs revendications mais se dotent en 1271 d’un sceau dont la légende Sigillum universitatis civium et populi civitatis lugdunensis (Sceau de la commune et de la population civile de Lyon) proclame la commune par voie de fait et donc l’indépendance de Lyon vis-à-vis de l’Église. Jugeant prudent de se couvrir de la protection royale, les Lyonnais∙e∙s envoient une lettre au roi Philippe III, dit le Hardi, qui accepte d’offrir sa protection à la ville.

Les conflits entre les Lyonnais∙e∙s et l’Eglise ne prendront vraiment terme qu’en 1312, lorsque la ville est officiellement rattachée au royaume de France.

 

 

Édition 2019 : « 1269-1271 : Les Lyonnais à l’assaut de leur histoire »

En introduction aux festivités se sont tenus la traditionnelle messe des Pennons en costumes renaissance à la cathédrale Saint-Jean le dimanche 12 mai ainsi qu’une grande cérémonie d’apposition du sceau de 1271 à l’Hôtel de Ville le jeudi 16 mai. La fête a réellement démarré avec le grand défilé des Pennons de Lyon avec les compagnies historiques présentes le samedi 18 mai à 11h.

Malgré un temps couvert tout le long du week-end, le public lyonnais et étranger était au rendez-vous et a pu déambuler dans un quartier Saint-Jean plus historique que jamais : taverne médiévale, troupes militaires du XIIIe siècle, lanceurs de drapeaux, troubadours et saltimbanques animaient les rues autour de la cathédrale. Petits et grands ont pu découvrir et parfois s’essayer à différents métiers et activités typiques du Moyen-Âge pour leur plus grand plaisir : calligraphie, herboristerie, chevalerie, médecine, filage, tissage, torture, jeux de boule et d’échec, le tout présenté par des passionnés d’histoire.

En conclusion, on ne peut que remercier les 400 Pennons, artistes, membres de compagnies de reconstitution historique et autres intervenants pour avoir partagé leur passion et nous avoir emmené∙e∙s le temps d’un week-end au Moyen-Âge, revivre avec eux l’un des événements marquants de l’histoire lyonnaise. C’est avec impatience que nous attendons donc la prochaine édition de la fête des Pennons.