Pourquoi les hommes fuient ? | Erwan Larher

Par Karen Cayrat.

En ce mois d’août, les accents électriques et vibrants de Pourquoi les hommes fuient ? d’Erwan Larher résonnent chez Quidam éditeur.  

Erwan Larher compte à son actif, sept romans. En 2013, il reçoit les prix Claude-Chabrol et Louis-Barthou pour L’Abandon du mâle en milieu hostile. Fort de son succès suite à la publication aux éditions Quidam du Livre que je ne voulais pas écrire en 2017 unanimement salué par la critique, Erwan Larher revient avec un roman rock and roll et délicieusement déganté : Pourquoi les hommes fuient ?  

Un ouvrage dans lequel l’auteur cherche à explorer les tourments, les turpitudes et les addictions d’une génération à travers la trajectoire d’une protagoniste attachante, éprise de liberté, et doté d’un certain tempérament.  À 21 ans, Jane se lance malgré elle en quête de son père dont elle ignore tout. Alors qu’elle brûle la vie par les deux bouts — la vie qui ne lui a pas fait de cadeaux— et enchaîne les petits boulots, elle découvre des pistes surprenantes (Son père serait-il une pop star déchue ? Un guitariste ? Un solitaire ?) tandis que la vérité se dévoile progressivement.  

Tour à tour, Larher explore des thématiques multiples et actuelles pour saisir les contradictions qui parcourent notre réel. Entrecoupée par des interviews, paroles de chanson ou sms qui participent à créer un effet de réel, la plume d’Erwan Larher esquisse une langue vive qui mêle humour et punch, modernité et sensibilité pour poser en toile de fond un regard critique et attentif sur notre société.

L’écueil d’un tel projet aurait pu être de verser dans la caricature. Cependant, s’il lui arrive d’exagérer le trait pour mieux le rendre visible, Erwan Larher ne donne toutefois pas l’impression d’y tomber si bien que ce roman percutant de 366 pages se dévore d’une traite et présente une intrigue tissée de deux récits croisés rondement menés dans lesquels la musique occupe une place de choix.  

Alors qu’Erwan Larher se demande : Pourquoi les hommes fuient ? nous, nous savons que leur fuite les conduira jusqu’au libraire le plus proche pour découvrir ce roman rythmé et décapant.


– Extraits –

 

« Je m’ennuie un peu. 
J’aurais dû refuser. Je le connais même pas, ce mec. Il arrêtait pas de me mater, ce matin. Enfin, pas seulement moi, il ne se gênait pas pour reluquer les autres hôtesses, mais surtout moi. Je faisais un peu tache, faut dire, pas tout à fait l’option vernis à ongles, gloss et mascara. Il essayait de me brancher dès que je passais près de lui, comme si j’avais le temps de gringuer. En plus, lui non plus ne l’avait pas, mais des bouquins à signer pour ses groupies. Faut vraiment être au bout de sa vie pour attendre une plombe un autographe dans un livre, non ? Quand il m’a demandé mon 06, je l’ai calmé direct : « Va plutôt chauffer ta mère la momie ! » Il s’est marré, bon point pour lui. Avant de partir, il m’a invitée à dîner. Si c’était pour causer littérature, il doit être déçu. J’ai accepté. On m’invite rarement à dîner. Rarement tendance jamais, pour être franche. C’est un truc de vieux, d’inviter à dîner. […] Avant de partir du salon, donc, l’Écrivain m’a invitée à dîner au restau. J’ai accepté. J’ai pas réfléchi. J’ai même pas fait mine de. #yolo  […] » 

«  Tu ne joues plus de guitare. Presque plus. On joue pour les autres. Ce n’est pas la raison. Tes mains ont forci. Tes doigts ont grossi. Certains soirs, tu ne peux presque plus les plier. 

Raides,ankyloses d’avoir tenu des outils toute la journée. Pas envie d’empoigner ta guitare, le soir. Pas la force. Et les ampoules, aussi au debut. Tu n’avais pas réalisé a quel point tu avais les mains fines, avant. Des mains de pianiste, on te disait parfois. […]»