Le temps est à l’orage | Jérôme Lafargue

Par Karen Cayrat.

Tourner le temps à l’orage 
Revenir à l’état sauvage 
Forcer les portes, les barrages 
Sortir le loup de sa cage 

— Johnny Hallyday, Allumer le feu  

 

En ce mois de Septembre, la littérature fait sa grande rentrée et Quidam éditeur enrichit son audacieuse collection Made in Europe avec la parution d’un très bel ouvrage : Le temps est à l’orage, cinquième roman de Jérôme Lafargue.

Couronné par les Prix Initiales en 2007, ENS Cachan en 2008 et par le Prix des lycéens 2008 Fondation Prince Pierre de Monaco pour son roman L’Ami Butler, Jérôme Lafargue construit une œuvre romanesque nourrie et inventive. Après avoir fait paraître aux éditions quidam Dans les ombres sylvestres en 2009, L’année de l’hippocampe ou plus récemment En territoire Auriaba, l’auteur dévoile le premier volet d’un cycle dédié à un protagoniste attachant et singulier : Joan Hossepount. Joan est chargé de veiller sur un site géologique exceptionnel, les Lacs d’Aurinvia. En ville, tous les regards sont braqués sur cet ex-tireur d’élite qui mène une vie sans histoire et élève seul sa fille, Laoline, suite au décès de son épouse. De nombreuses rumeurs courent à son sujet, certains lui prêtent même le don de parler avec les morts, mais nul ne saurait soupçonner la mission et le combat dans lesquels il s’investit dans le plus grand secret. 

Ce tome retrace la genèse d’un personnage à la fois tourmenté, abîmé mais résilient. Il revient sur les motivations qui l’ont poussé à se mettre au service de la nature en vengeant les violences qui lui sont faites de manière drastique…  

Servies par une intrigue efficace et rondement menée, les pages de ce roman révolté et consciencieux offrent une progression prenante où s’illustrent des descriptions foisonnantes peintes avec précision et finesse. La nature s’y épanouit avec force et chante toute la beauté et la diversité dont elle se pare. D’une prose ardente et légère, Jérôme Lafargue creuse un thème maîtrisé avec lequel il n’hésite pas à jouer filant les métaphores autant que possible, ou semant des traces de quelques inspirations par exemple de croyances issues de la culture nord-amérindienne. Le tout en conférant à son récit ce rythme et cette atmosphère particulière que l’on vient chercher en s’immergeant dans les lignes d’un bon roman noir. Un genre que l’on affectionne également sa capacité à décortiquer le réel. De son œil aiguisé de sociologue, Jérôme Lafargue, invite donc tout naturellement, en toile de fond, à une réflexion actuelle autour des questions environnementales et politiques à l’heure où le réchauffement climatique et la pollution vont crescendo tandis que les ressources de notre planète s’épuisent. 

 

Le premier volet de ce cycle entamé par Jérôme Lafargue est une réussite qui nous laisse entrevoir de beaux espoirs pour les opus à venir. Alors que Le temps est à l’orage, il convient de se laisser surprendre par ce roman insolite et noir, paru aux éditions Quidam. 


Extrait

[…] Ma vraie place, elle est ailleurs.  
Je m’efforce de rééquilibrer ce qui peut l’être.  
Pour la nature.  
Je la nomme encore ainsi, alors que nous vivons une ère où les frontières s’effacent, où les organismes s’interconnectent. Faut-il continuer à distinguer un monde sauvage, ou sommes-nous entrés dans l’ère de l’omniprésence de l’homme ? Je n’ai pas les moyens de répondre.  
Tout ce que je sais, c’est que selon un protocole explicite qui tient autant de la communion que du bricolage, je m’efforce de répondre à ses appels. Corps et âme.  
En espérant ne pas être le seul à penser que tout n’est pas perdu. Ni le seul à avoir été choisi.  
Dit de la sorte, cela fait un peu bizarre, n’est-ce pas ?  
Fou ?  
Possible.  
C’est pourquoi je note tout depuis le début […] Voici comment cela a commencé pour moi […]