Dans la nuit du 4 au 15 | Didier da Silva

                                                                                Par Karen Cayrat.

En ce mois de novembre, Quidam éditeur fait paraître un ouvrage rare et déconcertant, Dans la nuit du 4 au 15  de Didier da Silva. 

Critique et homme de théâtre, Didier da Silva, est l’auteur d’une multitude de romans dans lesquels le temps occupe une place centrale. Parmi ses publications les plus fameuses on pourra citer notamment Louange et épuisement d’un jour sans fin ou encore L’Ironie du sort toutes deux parues aux éditions de l’Arbre Vengeur. Il anime également un blog dont Pro/p(r)ose Magazine vous recommande la lecture, émaillé de passages remarquables finement choisis et extraits de ses lectures, Danse de travers.

Préfacé par Jean Echenoz, Dans la nuit du 4 au 15, brille par son érudition et son éclectisme. En effet, le temps semble se dilater, s’étirer, éclater presque dangereusement entre ces pages où les événements se côtoient et où les grandes voix se répondent alors même que les cultures et contre-cultures s’entremêlent délicieusement.

Le titre évoque l’entrée en vigueur du calendrier grégorien et met l’accent sur cette brèche temporelle de onze jours due à son adoption. Didier da Silva se lance ici dans une entreprise périlleuse où, comme le souligne très justement Jean Echenoz : « chaque date devient un détonateur, chaque jour est sans fin […] C’est ainsi qu’en un an […] se dessine une hypothèse d’histoire du monde. »

Ces 366 textes que renferme Dans la nuit du 4 au 15 attestent d’un véritable travail d’orfèvre et de patience. Tous plus surprenants les uns que les autres et d’une longueur variable, ils travaillent la forme de l’éphéméride par le biais d’une écriture mutine, joueuse et pleine d’humour qui participe sans nul doute à la qualité de cet ouvrage méticuleux. Assemblés avec soin, ces fragments constituent autant de rêveries que de puzzles et ont le mérite de proposer une excursion atemporelle à laquelle le lecteur se livrera volontiers aussi bien de manière linéaire que de façon hasardeuse, arpentant les dates qui l’ont marqué où vacant au gré des jours qui défilent devant lui…

En fil rouge, certaines thématiques s’étendent de manières récurrentes voire obsessionnelles dévoilant parfois certains choix culturels de l’auteur, esquissant une sorte d’autoportrait éclaté.

Il ne serait pas de bon ton de vous en dire davantage étant donné que cet ouvrage se profile non pas comme une nuit mais comme une constellation qu’il conviendra à tout à chacun d’explorer à travers le prisme de sa propre sensibilité pour ne rien ôter à l’expérience. N’attendez pas la nuit du 4 au 15 pour vous procurer cet « univers  parallèle » et  «invraisemblable » qui vient  de  paraître  chez  Quidam éditeur ! 


Extraits :

« Le 8 septembre est le jour de l’an, ou 1er Absolu, dans le calendrier pataphysique ; ce jour-là, en 1907, un astronome du Bade-Wurtemberg donnait le nom de Schéhérazade à un astéroïde. »

 

« Le Bateau ivre a l’âge exact du Captain Cap, c’est-à-dire que sont nés, le 20 octobre 1854, à cent lieues d’en avoir l’idée et d’ailleurs à cent lieues l’un de l’autre, littéralement, une lieue équivalant à quatre kilomètres, Alphonse Allais et d’une, futur auteur de Deux et deux font cinq et de deux : Arthur Rimbaud. Cet alignement de planètes – leurs berceaux sont un même axe, légèrement au nord de Paris – a quelque chose d’idiotifiant. La poésie française accuse le choc, c’est presque trop d’un coup. »

 

« Le 6 octobre 1927 sort The Jazz Singer, premier film parlant au monde et triomphe immédiat que ne fêtent pas ses producteurs, les frères Warner : leur douleur est muette alors qu’ils enterrent l’un des leurs, Sam, né Schmul Wonskolaser quarante ans plus tôt en Pologne et mort la veille, d’une pneumonie, à Los Angeles. »

 


 

quidam nov

 

 

Quidam éditeur
200 pages
ISBN : 978-2374910970

Danse de travers