Luc Blanvillain | Le Répondeur

Par Karen Cayrat.

L’année commence fort chez Quidam éditeur, toujours à l’affût de voix insolites et singulières. En ce mois de janvier, c’est celle de Luc Blanvillain que nous (re)découvrons avec un roman frais et suave : Le Répondeur, en librairie depuis peu.

Un roman qui tombe à point nommé

Force est de constater que les smartphones et autres cellulaires prennent une place de plus en plus significative dans nos vies. Selon une récente étude conduite par RescueTime, l’une des applications les plus en vues pour mesurer et gérer le temps passé sur écran, nous passerions en moyenne près de trois heures par jours arrimés à nos téléphones. Il s’agirait même de l’équipement numérique le plus plébiscité par les Français depuis 2017 à en croire le bilan annuel dressé par le CREDOC et piloté par l’Arcep, le CGE et l’Agence du Numérique.

Dans le même temps, la déconnexion semble constituer une véritable tendance qui progresse notamment au Québec. Si certain.e.s collectionnent les petites astuces pour y parvenir, autant dire que le dernier roman de Luc Blanvillain, propose quant à lui une solution tout à fait originale et surprenante pour échapper aux constantes sollicitations de nos proches : Employer un imitateur ! (On vous l’accorde, il fallait y penser). Vous en aviez rêvé ? Jean Chozène, romancier à succès, l’a fait, quitte à bouleverser quelque peu le destin de Baptiste, ce jeune imitateur talentueux qui peaufine son art sur les planches d’une petite scène devant un parterre clairsemé de spectateurs. La rencontre entre les deux hommes chamboule leur trajectoire respective. Tandis que Chozène se dégage du temps pour avancer dans la rédaction de son prochain livre, devenant peu à peu étranger à sa propre vie, spectateur malgré lui des décisions boule de neige de sa doublure vocale, l’imitateur prend goût à devenir cet autre.

 

Un roman multiple

Exploration du double et de l’imposture, cette comédie, légère mais caustique, découpée en courts chapitres se lit pour ainsi dire d’une traite tant il devient insoutenable de s’arrêter sur l’un des multiples cliffhangers qui ponctuent ces pages.

Ce roman, nul doute que Luc Blanvillain a pris plaisir à l’écrire, n’hésitant pas à plonger ses personnages attachants dans des situations aussi tortueuses que cocasses. Avec beaucoup d’humour, l’auteur s’intéresse aux questionnements soulevés par la création, le réel, les technologies pour ne citer que quelques unes de ces thématiques qui jalonnent cette oeuvre bien menée.

L’écrivain, plutôt coutumier de la littérature jeunesse travaille ici un ouvrage aux portes multiples et actuelles dans un style que l’on prendra plaisir à suivre d’un bout à l’autre de ces pages qui résonnent comme des éclats, des messages laissés comme des appels à prêter l’oreille aux tensions du monde.

Un roman qui  nous embarque dans un univers polyphonique quitte à nous laisser sans voix…


EXTRAIT :

Baptiste soupira. Il avait encore massacré François Hollande.

C’était toujours pareil. Il n’était pourtant pas dur à faire, Hollande. Chez lui, dans l’intimité, Baptiste y parvenait parfaitement. Il suffisait de se figurer un fauteuil de cuir épais, des ongles sur les accoudoirs, et c’était parti. Il avait tenté d’expliquer plusieurs fois sa méthode, à ses parents d’abord, puis à d’autres artistes. Les plus polis faisaient semblant de comprendre mais apparemment, il était totalement atypique. Aucun autre imitateur n’avait besoin de se concentrer sur des images mentales pour s’approprier des voix. Ils s’entraînaient plutôt à la façon des chanteurs, parlaient tessiture et tonalité, travaillaient au casque. Lui, il écoutait la personne jusqu’à ce qu’une représentation figurative ou abstraite se forme dans son esprit et s’y fixe.


 

Le-Repondeur

 

Quidam éditeur
260 pages

ISBN : 978-2374911236