Exposition Holyhood : Quand la littérature inspire les artistes

Par Aurore Lecanu.

L’exposition Holyhood s’est tenue du 12 septembre au 18 octobre 2020 au Locus Solus (Lausanne) à l’occasion des 20 ans de la maison d’édition « art&fiction ». Le livre Holyhood, vol. 1 – Guadalupe, California d’Alessandro Mercuri (dont on pourra retrouver ici la chronique) a été la source d’inspiration pour l’intégralité des dix-huit artistes exposés et l’auteur a également apporté sa propre contribution à l’exposition. Il s’agit d’une véritable rencontre entre Littérature et l’Art sur laquelle nous souhaitons revenir.

Le support

Intriguant, inspirant et influent, Holyhood, vol. 1 – Guadalupe, California d’Alessandro Mercuri nous invite à découvrir, à voyager et à réfléchir. On croise dans cet ouvrage aussi bien les célèbres Ramsès II, John Wayne ou Ed Wood qu’un ferrailleur, un projectionniste ou un pasteur moins connus. Petites et grande Histoire(s) se mêlent au cinéma et au rêve. Mille interrogations, mille anecdotes, le grand Hollywood devient Holyhood, le « ghetto du sacré », à moins qu’il ne s’agisse de bois de houx ?

L’exposition

Dix-huit artistes ont travaillé ensemble ou séparément sur la même source d’inspiration : Holyhood, vol. 1 – Guadalupe, California d’Alessandro Mercuri. Certains se sont référés à des passages précis du livre qui les ont marqués ou ont fait remonter certains sentiments ou souvenirs, d’autres ont préféré se laisser inspirer par l’ambiance générale. Peinture, photo ou sculpture, huile, acrylique, soie, crayon ou ecoline, réaliste, abstrait ou surréaliste, les supports sont multiples, les matériaux et les styles divers. Une seule source d’inspiration pour des résultats très différents : cette exposition illustre parfaitement l’existence de multiples niveaux de lecture et de compréhension d’une seule et unique œuvre. Chaque lecteur comprend, ressent et vit le livre différemment et par conséquent chaque artiste transmet une image différente du livre source à travers son œuvre.

Les œuvres

Alexandre Bianchini

See more, 2011, Huile sur toile, 60×234 cm

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See more rappelle les boutons sur lesquels on clique pour avoir plus d’images ou de vidéos sur les sites pornographiques américains. Cette œuvre fait référence aux excès hollywoodiens mentionnés dans Holyhood, vol. 1 – Guadalupe, California.

Fabrice Gygi

Denner3 avril 2020, Fine art printing sur papier Baryta FB 350 gm2 collé sur aluminium, 40×60 cm.

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Cette œuvre est une photo thermique d’un rassemblement illégal devant un Denner prise de nuit pendant le confinement en Suisse. On retrouve l’idée d’illégalité et de rébellion présente dans le livre (émeutes, gangs, etc.).

Robert Ireland

Peinture sur toile sur châssis de châssis sur toile, sur châssis peint sous toile, 2020, Acryl sur coton, 80×60 cm

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Il s’agit ici d’une représentation symbolique des jeux référentiels présents dans l’œuvre d’Alessandro Mercuri : oxymores, mots-valises, etc. ; un art de la répétition du même. De la même façon que l’auteur s’attache à l’aspect contradictoire du mot « Preposterous » (p.55-59), l’artiste démonte et remonte le système du tableau en l’instaurant en tant que circuit fermé.

Grégoire Bolay

Repassage, 2020, Ecoline, colle et verre.

Cette œuvre est une représentation abstraite de Guadalupe et une référence symbolique au procédé Technicolor utilisé pour coloriser les films dans les années 1920. Le film Les Dix Commandements de Cecil B. DeMille, sujet récurrent dans Holyhood, vol. 1 – Guadalupe, California d’Alessandro Mercuri, utilise ce procédé.

Caroline Bachmann

Pour Sirius A, 2020, Lithographie sur BFK Rives EA II/X, 46,5×35 cm

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Pour Sirius A rappelle à la fois l’étoile des stars Hollywoodiennes et une rose des vents, symbole de recherche et de voyage. Une référence aux pérégrinations de l’auteur ?

Josse Bailly

Série Z, 2020, Acryl sous plexiglass et collage sur plexiglass, 31×42 cm

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Cette œuvre fait référence à la fois aux séries Z et à la ville californienne de Zzyzx, mentionnées dans l’œuvre d’Alessandro Mercuri.

« Synchronicité jungienne oblige, l’ouvrage paraît en 1959, l’année même où sortent sur les écrans américains deux chefs-d’œuvre estampillés série Z et signés Ed Wood, Plan 9 from Outer Space et The Revenge of the Dead, aussi connu sous le nom de Night of the Ghouls. Que dire de l’âme de la série Z ? D’abord la lettre. […] Par-delà Z, aucun son, aucun mot ne surgit. En cet ailleurs s’étend un paysage illimité, un royaume d’éternel silence. Pour aller de l’autre côté du Z, du côté de l’imprononçable, il faut se rendre dans le désert californien de Mojave. Là s’épelle l’indicible. Dans une étendue torride sans fin de sable et de massifs rocheux se trouve au milieu de nulle part une localité baptisée Zzyzx. […] À Zzyzx tous » p.36-38

Jean Crotti & Jean-Luc Manz

S.T, 2020, Crayon de couleur et photographie, 28×38 cm

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Cette œuvre née de la collaboration entre Jean Crotti et Jean-Luc Manz reprend le thème du cinéma avec le portrait aux crayons (Jean Crotti) qui pourrait être celui d’un acteur et celui de l’Égypte dans le cinéma américain avec la photographie (Jean-Luc Manz) prise dans un théâtre d’Atlanta au décor d’inspiration égyptienne.

Stéphane Zaech

La faille, 2020, Huile sur toile, 50×40 cm

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Le titre de cette œuvre fait directement référence à la célèbre faille californienne de San Andreas. Le paysage rocailleux reprend le désert californien et la statue allégorique California (p.85) prend les traits d’une jeune femme.

David Monnet

Tut, 2020, Acryl sur toile, 100×20 cm

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Tut associe la représentation stylisée de la lettre Z, si importante dans le premier chapitre de Holyhood, vol. 1 – Guadalupe, California et celle de l’objet si intriguant découvert dans le tombeau de Toutânkhamon en 1922. Cette découverte mémorable et la malédiction qui lui est associée font l’objet d’un long passage dans l’œuvre d’Alessandro Mercuri (p.134-140).

Elise Gagnebin-de Bons

Hoody Locos, 2020, Impression sur soie, 74×52 cm

Une image contenant intérieur, chat, pose, lit

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L’artiste a trouvé l’inspiration pour cette pièce dans plusieurs passages de Holyhood, vol. 1 – Guadalupe, California d’Alessandro Mercuri : tout d’abord, l’évocation des émeutes de Los Angeles de 1992 et de différents gangs à la page 19, puis la phrase : « La nuit, tous les blousons noirs sont gris, les peurs se ressemblent et s’assemblent. » page 20 qui la particulièrement marquée, et enfin la mention de Robin Hood et la réflexion sur les multiples sens de « hood » en anglais à la note 121 page 134.

La figure représentée est-elle donc le membre d’un gang californien ou un Robin des Bois moderne ?

Jérôme Hentsch

Room 1221, 2020, Carte postale

et 

Arbuckle/Eckleburg, 2020, Diptyque, acryl sur toile, 48×33 cm (par toile)

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La carte postale est une image colorisée de la chambre dans laquelle se sont déroulés les évènements de l’affaire Roscoe Arbuckle mentionnée à la fin de l’œuvre d’Alessandro Mercuri (p.197). La colorisation fait référence au procédé Technicolor utilisé Les Dix Commandements de Cecil. B. DeMille.

Le diptyque représente le mur de la fameuse chambre 1221. Son titre Arbuckle/Eckleburg est lié à l’affaire Roscoe Arbuckle d’un côté, et de l’autre, à un autre fait divers décrit à la fin du roman de F.S. Fitzgerald Gatsby et que l’artiste avait en tête en lisant Holyhood, vol. 1 – Guadalupe, California : la mort d’une femme renversée par une voiture sous le regard d’un publicité sur un gigantesque panneau pour un opticien : le Dr. T.J. Eckleburg.

Noémie Doge

Holy House, 2020, Poudre de graphite et crayon sur papier, 45×68 cm

Agnès Ferla

#82 Daï, série 1, 2019-2020, Acryl, pigments, media mixte et sérigraphie sur toile, 44×51 cm

Une image contenant gâteau, chien, chocolat, morceau

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Agnès Ferla écrit au sujet de son œuvre :

« INVISI-VISIBLE Plonger dans l’éternel recommencement, dans le Soda dry Lake. Grimper sur les stipes et chatter avec la Lémurie anéantie. Humer l’odeur de soufre, goûter l’eau vide, pour retrouver la terre promise. C’est le chemin de croix, non sans humour, du narrateur dans Holyhood. La série de peintures Daï, PNO82 : 1 2 3, relève l’apparition, la disparition des souvenirs. Le maquillage du passé, la culture collective occidentalo-centrée jusqu’à l’exercice du bon élève artiste blanc1. Daï daï daï : allons, allons, allons ! ou vas-y vas-y vas-y ! doucement chuchoté à l’oreille, nous rappelle la frénésie d’un funeste temps dépassé, pressé et mégalomaniaque. 

1Rôle dans lequel je me comprends, du fait de ma couleur de peau et m’exclut en raison de mon genre. Genre féminin qui, dans ce récit, est décrit tantôt comme un objet de projection fantasmagorique ou une espèce d’animal exotique. Les femmes, victimes et coupables de leurs corps au cinéma et dans la vie privée, des corps soumis aux expérimentations du mâle blanc. Pour résoudre “le problème du corps“ est inventé le “code Hays“. Car c’est bien connu, ce que l’on ne voit pas, n’existe pas. » 

Virginie Otth

Baleine flambée_01_02_03, 2020, Triptyque, poudre de graphite et crayon de papier, 45×68 cm

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Une image contenant eau, extérieur, océan, grand

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Une image contenant eau, petit, vague, grand

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Ce triptyque se rapporte au passage suivant de la page 75 de Holyhood, vol. 1 – Guadalupe, California :

« Une odeur de brûlé teintée de soufre planait sur les eaux. On aurait dit un grand néant tout blanc dévorant l’océan. Quelle était cette inquiétante blancheur à la surface des flots ? Était-ce une baleine en feu projetant au ciel un jet d’eau brûlante ? Une baleine en flammes que nulle eau jamais n’aurait pu éteindre ? Une baleine flambée que nulle sirène n’aurait pu étreindre ? »

Alain Huck

Lucio, Maurizio & Alessandro, 2020, Graphite et crayon de couleur sur papier, 57×77 cm

Alain Huck écrit au sujet de son tableau Lucio, Maurizio & Alessandro : « De A à Z, Zorro sauva tous les anges de Los Angeles. Du bout de son épée, il inspira aussi Lucio Fontana et Maurizio Cattelan. Cela mérite bien une note en bas de page réalisée au graphite et crayons de couleurs qui reprennent les nuances rouge et jaune du ciel de la couverture des Aventures de Zorro éditée sur 45 T longue durée par Walt Disney en 1968. »

Il s’agit d’une référence au passage sur la lettre Z dans l’œuvre de Mercuri (p.36-38).

Aloïs Godinat

Puisqu’il n’est point-z-à vous et pas-t-à vous, ma foi je ne sais pas-t-à qu’est ce V, 2020, Pin huilé, 40x70x40 cm

Une image contenant banc, en bois, meubles, table

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Cette sculpture reprend la structure du récit d’Alessandro Mercuri : une histoire dans une histoire. Nous avons donc une table imbriquée dans une table, elle-même imbriquée dans une autre table.

Alessandro Mercuri

Artefact décors de Les Dix Commandements (1923), film Cecil B. DeMille, retrouvés lors de fouilles effectuées à Guadalupe sur l’ancien site du tournage du film, 1923, Ciment, moulage, décoffrage, 4 pièces de dimensions variables

Une image contenant extérieur, assis, plage, brique

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Quand l’art rencontre la littérature, les supports et les idées se mêlent et s’entrechoquent, une idée en amène une autre et un élan de créativité naît. Locus Solus (Lausanne) présente régulièrement des expositions d’artistes divers en les associant à la littérature et organise donc des lectures plus ou moins théâtralisées en lien avec l’artiste exposé. Si vous aimez l’art et la littérature et que vous vous trouvez dans la région de Lausanne, un petit arrêt au Locus Solus est de mise.