Les Olympiades internationales de linguistique (IOL)

Par Stacy Blin.

Les Jeux olympiques. Cet événement sportif de portée internationale renouvelé tous les quatre ans, en été ou en hiver, fait la Une des journaux chaque année où il a lieu, dans un pays et une ville hôtes chaque fois différent.e.s[1]. Mais avez-vous déjà entendu parler des Olympiades[2] internationales de sciences ? De manière personnelle, j’en ai fait la connaissance par le biais d’un livre biographique sur le mathématicien russe Grigori Perelman, qui, bien avant d’avoir reçu (et refusé) la médaille Fields en 2006, était monté sur la première marche du podium des Olympiades internationales de mathématiques de 1982. Lors de ma lecture de ce livre, j’étais loin d’imaginer qu’il puisse y avoir des olympiades du même type dans d’autres disciplines[3]. Et pourtant, il en existe près d’une vingtaine au total ! Physique, chimie, géographie, biologie, médecine, philosophie et… linguistique. 

Les Olympiades internationales de linguistique (IOL) proposent des compétitions chaque été depuis 2003 dans d’autres contrées. Ces compétitions voient s’affronter des élèves du secondaire, collégien.ne.s et lycéen.ne.s de la Troisième à la Terminale, du monde entier. Il est possible de participer aux épreuves de manière individuelle (six heures d’examen avec cinq problèmes de linguistique descriptive, théorique ou mathématique à résoudre à partir de langues censées être inconnues des candidat.e.s) ou en équipe (trois ou quatre heures d’examen avec un long problème plus complexe). Les sujets des épreuves sont rédigés par des linguistes ou d’anciens participant.e.s aux olympiades. Puisqu’il s’agit d’une compétition, il est tout naturel que des médailles d’or, d’argent et de bronze soient décernées aux candidat.e.s et aux équipes ayant proposé les meilleures solutions. 

La plupart des candidat.e.s sont sélectionnés lors d’olympiades nationales dans leur pays d’origine. Ainsi, il existe des olympiades nationales aux États-Unis, en Bulgarie, en Inde, au Royaume-Uni, en Russie (pays d’origine des olympiades de linguistique), entre autres. La France n’y a envoyé un participant qu’une seule année, sans être classée, lors de la treizième édition en 2015 à Blagoevgrad (Bulgarie). Une association, Jeunes pour les Olympiades Linguistiques Internationales (JOLI), avait d’ailleurs été créée à cette occasion pour rassembler les lycéen.ne.s intéressé.e.s. Parmi les autres pays francophones, seul le Canada participe de manière régulière aux IOL.

Pour s’entraîner : deux problèmes des IOL à résoudre

À toutes et tous les linguistes en herbe (et à celles et ceux qui aiment remuer leurs méninges de manière générale), Pro/p(r)pose Magazine vous invite à essayer de vous frotter à l’un de ces deux problèmes suivants, extraits de la quinzième édition des Olympiades internationales de linguistique ayant eu lieu en 2017 à Dublin (Irlande). 

Problème n°1 (compétition individuelle)

Voici quelques mots de la langue madak ainsi que leur traduction en français. Le madak fait partie du groupe méso-mélanésienne de la branche malayo-polynésienne de la famille austronésienne. Il y a environ 3 000 personnes qui le parlent en Papouasie-Nouvelle-Guinée (Nouvelle-Irlande). ng = n en anglais. x ≈ un r grasseyé. —Ivan Derjanski, linguiste bulgare :

lavatbungmenemenle monde entier
laxangkatliplusieurs yeux
laxanoosplusieurs vignes
laxaofeu
lemparoosgrandes vignes
lengkompixanchansons
levempevecœurs
levenalengjournées
levengkotlieux
levenmenemenvillages
livixanchant
loroonanesprit
loxongkao(une) braise
loxontaamangpartie d’un jardin
lualengdeux journées
lubungtadigroupe d’hommes
lunetondeux frères ; deux sœurs
lurubunopetit-enfant
luunaarbre
luvangadeux choses
luvatpevedeux grands cœurs
luvutnetonfrères ; sœurs
luvuttadihommes
luxavusdeux hommes blancs

(a) Donnez une traduction littérale du mot lavatbungmenemen.

(b) Traduisez en français :

1. laradi

2. lavatkonuna

3. laxantoonan

4. levengkatli

5. loxot

6. lubungkavus

7. luvaroos

(c) Traduisez en madak :

8. cœur

9. jardins

10. plusieurs choses

11. petits-enfants

12. deux parties de journée (deux instants)

13. branches

14. grandes branches

La solution à ce problème peut être trouvée ici (problème n°5)

Problème n°2 (compétition en équipe)

Voici 87 emojis ainsi que leurs descriptions en indonésien, en ordre alphabétique. Certains emoji sont décrits plus d’une fois. Certains emoji ne sont pas décrits du tout.

(a) Trouvez les correspondances entre les emoji et les descriptions.

(b) Décrivez en indonésien les emoji qui ne sont pas décrits du tout.

(c) Faites un dictionnaire des mots indonésiens qu’on trouve dans ce problème-ci, autant que vous pouvez.

(d) Faites une grammaire courte indonésienne, basée sur ce problème.

L’indonésien fait partie du groupe malaïque de la branche malayo-polynésienne de la famille austronésienne. Il y a environ 23 000 000 personnes qui le parlent en Indonésie et au Timor oriental. —Boris Iomdin, linguiste russe :


La solution à ce problème peut être trouvée ici.



NOTES
[1] Il est d’ailleurs dommage que les Paralympiques, les Deaflympics ou les Jeux olympiques spéciaux n’aient pas droit au même succès médiatique, mais ceci est une autre histoire.
[2] Une olympiade était une unité de temps équivalent à quatre années dans le monde grec antique.
[3] Les mathématiques sont la discipline la plus ancienne faisant l’objet d’olympiades.

Sources :