Indésirable | Erwan Larher

Par Karen Cayrat.

Après son très rock-n-roll Pourquoi les hommes fuient ? paru en 2019, réédité il y a tout juste quelques mois au format poche, Erwan Larher nous revient avec un nouveau roman, Indésirable, publié chez Quidam éditeur, qui nous pesons nos mots au risque de paraître dithyrambiques tant notre enthousiasme est fort : Magistral.  

Erwan Larher fait de l’ambiguïté le mot d’ordre de son huitième roman, dont le lecteur n’aura aucun mal à s’éprendre en dépit de ses 335 pages. Il met en scène un personnage fort, sibyllin, solitaire, marginal — Sam— qui on le devine deviendra somme toute emblématique de l’univers qu’Erwan Larher bâtit d’année en année au fil de ses productions.  

Sam Zabriski. Un homme ? Une femme ? On ne saura pas vraiment et cela n’a aucune importance ! Nous aimons les protagonistes qui cultivent leur ambiguïté et l’écrivain nous comble dans ce roman subtil et (in)désirable. Toujours est-il que Sam décide de poser ses bagages dans une de ces vieilles bâtisses aux charmes bucoliques et délébiles située dans la bourgade de Saint-Airy, La maison du Disparu, qu’il décide de rénover. Le bruit court. Son installation fait bien sûr des remous. Cloisonnés dans l’entre-soi qu’ils se sont construits, conservateurs, les habitants du coin se méfient des étrangers et ne voient pas d’un bon œil l’arrivée d’une personne intersexe parmi eux. La différence de Sam est mal perçue. Son passé flou peut-être trouble dérange tout comme cette part de mystère qui le caractérise. Les passions se déchaînent et l’orage éclate. D’autant qu’il se passe des choses louches dans ce village où le trafic règne sous toutes ses formes et qui abrite un criminel de haute voltige. 

S’il est question de genres dans le roman, une thématique travaillée avec une grande finesse, servie par une langue experte et inventive qui faisant plier les terminaisons, les articles, qui parvient à un véritable tour de force visant à désigner le/la protagoniste de manière neutre d’un bout à l’autre de ces pages (Une prouesse qu’il convient au passage de saluer), l’écrivain virevolte également pour flouter les genres littéraires. Il évolue ainsi entre littérature blanche et noire, glissant du roman rural, au roman politique, de l’étude de mœurs au roman noir. L’occasion pour l’auteur de brasser, dans le même temps une large variété de thèmes socio-politiques parce qu’en effet comme il le confie dans l’espace de son site, les ambitions de l’auteur du Livre que je ne voulais pas écrire se livre à cette pratique qu’est l’écriture « pour changer le monde » et « se plaît également à expliquer [….] parce qu’il faut transmettre et partager, interroger l’humain et la société, sans relâche ». Une démarche qui nourrit là encore ces pages bardées d’ironie et de tranchant.  

Par ailleurs, précisons que le lecteur attentif et coutumier se plaira à retrouver quelques noms familiers découverts au sein des précédents ouvrages de l’auteur, jouant ici de l’extension avec habileté. 

Finalement ce qui continue de nous séduire chez Erwan Larher c’est cette capacité à forger un langage pluriel, se renouvelant au gré de chaque projet entamé sans pour autant perdre de sa force mais au contraire sait l’emmener toujours plus loin ceci dans un style moderne, caustique parfois mais foisonnant d’humour. Sa dextérité à nous emporter dans une intrigue captivante tout en posant un regard interrogateur sur notre société actuelle. Un ouvrage que l’on retrouvera dans toute bonne librairie.  


—Extrait— 

À Saint-Airy, l’atmosphère est saupoudrée d’un zeste d’indifférence, de belles pincées de curiosité, d’une cuillérée (à soupe) de défiance. […] Le brocanteur, ce n’est pas pareil. Lui, il aime les femmes. Enfin, on suppose, on ne l’a jamais vu avec personne. Ah si, quelqu’un l’aurait aperçu en ville avec une grande blonde habillée très court. Mais sous les casques de coiffure ou au bac à shampoing, c’est Sam qui bruisse, Sam qui transmute, Sam qui devient licorne, dahu, ogre, prince charmant. On dit que…

Il parait que…

Moi ça ne me dérange pas, mais…

…avec le petit Sylvain Renaut, le neveu de la boucherie !

Je n’ai rien contre, sauf si…

…en tout cas, c’est courageux !


  • 335 pages
  • ISBN: 978-2374911939