Honte à perpétuité

Par Hélène Hérault.

Existe t-il un délai de prescription pour la honte ?
À l’aune de quelle souffrance mesure-t-on le temps nécessaire, sinon pour l’oubli, du moins pour le
reflux ?
Qui décide ?
Celui qui est blessé ou celui qui a blessé ?
D’ailleurs, les rôles ne sont-ils pas interchangeables dès lors que la trahison de l’amitié ne dépend
que d’un simple verbe auxiliaire.
Les blessures saignent dans les deux cœurs mais la honte a choisi son camp
Pas forcément celui que l’on croit
Les phrases sont toujours maladroites quand la douleur est aux commandes.
Par respect pour ce qui a été dans ce passé récent
Où l’amitié permettait encore aux mots d’emprunter les mêmes chemins
Par respect pour ce qui peut encore être sauvé et préservé, fait-on semblant de croire
Chacun cache sa colère ou tait sa déception
Mais jamais le silence ne s’est montré remède aux fissures de la vie.
Très vite le premier des deux qui cède au flot des paroles
Que la digue du paraître ne peut plus contenir
Celui-là se désigne lui-même comme le traître
Celui-là revêt, pour combien de temps, le manteau de la honte.
Répare t-on ce qu’on a déchiré alors que soi-même on s’est senti bafoué ?
Mais le comment n’est rien, c’est le combien de temps qui devient obsédant
Existe t-il un délai de prescription pour la honte ?


Une contribution d’Hélène Hérault | Au cœur de la vie de femme d’Hélène Hérault et de ses engagements, (météorologue, militante et responsable syndicale, mère de famille, passionnée de lecture, amoureuse des îles, de la mer et de couture parce qu’il faut un jardin secret !) se trouvent des rencontres, des combats, de petites et grandes victoires, des instants cabossés, d’autres magiques. Et des mots. En 2016, la micro-nouvelle « Suzanne » paraît sur le blog de la revue Nouvelles d’Harfang et Hélène Hérault participe au recueil « Nouvelles du travail » de l’ARACT-Occitanie. En novembre 2017, un premier recueil de nouvelles «La petite Prigent» est publié aux Éditions Delphine Montalant. Recueil couronné du prix Ozoir’Elles 2018 et finaliste du prix révélation de la Société des Gens de lettres. Novembre 2018 est cruel, Delphine Montalant décède, «La Petite Prigent» est orpheline mais l’aventure doit continuer. La nouvelle « Un exil de papier » remporte le deuxième prix du Concours de nouvelles LIRE-Librinova 2019 présidé par Régis Jauffret. Suivent d’autres nuits d’écriture, encore et toujours. Jusqu’à la participation au recueil collectif de nouvelles « Loin du cœur », édité en novembre 2021 aux éditions Beta-Publisher au profit de Solidarité-Femmes.