Poèmes de rencontres

Par Arnaud Rivière Kéraval

LE MOUVEMENT

Etienne, le sang justifie les distances anoblies, il court le long des jetées. Il appartient le temps de l’arc sauvage, les yeux timides demandent l’ouverture et la découverte, tenues dans les spasmes du présent. 

Souffle étrange, pose enfin les nombrils masqués sous le flot des paysages qui défilent. Epaules la vie s’arrête sur le geste latent. Non, le geste s’accomplit, la candeur éprouvée tombe, les traits dessinent les fuseaux, le mouvement joue le corps affranchi. De nobles voies lobées encerclent la frontière dermique, le filet signe la peau miroir qui se courbe. 

Vue tentée, l’instant exulte, les tables terrifiantes s’éloignent, le plan chassé joue l’invisible. Reste l’éclair du corps superbe, le mouvement trempe la beauté maintenant. Le sang la tête l’étreignent, suivre la mort n’aura pas lieu. 

LE PASSANT

Suis-moi. Arrête-toi. Ruelle escarpée descendante. Orchestre symphonique. Actes synchrones. Nuit, nuit, nuit. Lumières.

Tu es beau sur ta main voyageuse. Elle navigue de large en large, au flanc des rayures. Un, deux. Aux bords de l’heure, le temps, tu te dois de rentrer. Mais tu me suis. Les pavés boiteux, les poussières. Tu me quittes déjà. Mon chemin sent la direction des secrets, les surpris damnés de la reconversion. Toi c’est par là. Canal, promenade et disparaître. Au revoir.

LE JARDIN

Cette nuit ne pas s’enfermer.

Le vent dans les arbres brigue les sentes de l’espoir.

Le mur du parc est envahi d’ombres déferlantes

Qui se poursuivent dans le flot des remparts,

L’herbe des faubourgs

Où courent s’éblouir les saveurs humaines,

Danse de carnaval, couleurs écrasées,

Les pigments tendres le soir et les rencontres emmêlées.

Ami de passage et lanterne,

Le bruissement des feuilles sculpte notre nuit,

Aux caresses des amants vacillent les essences endormies,

Le contact de ta peau irise mes souvenirs,

L’envie renaît toujours et se courbe,

Apprivoiser ton souffle et demain revenir.

LA VILLE

D’élucubrations aériennes en emphases garudesques

Les âges s’invectivent, les gratte-ciels se défient

Aucune allégorie, aucune extase ici

Je jette mon dévolu sur une lumière

Un flux débonnaire dans la rue

Qui me résiste, qui m’attire

Malgré le fil dédale, je reste ardent

S’enfuient les âpretés comme les faux-semblants

Sur le bitume nu mes pérégrinations

Je te vois en face, je traverse, convaincu

Que le monde et les astres demain encore s’illumineront

Les néons, les feux, les chimères

Idolâtrent le présent, insultent leur vécu

Tu me souris le long des artères

Et nous prîmes d’assaut la ville est mon royaume déchu

Une contribution d’Arnaud Rivière Kéraval | Arnaud Rivière Kéraval est né en 1972. Originaire de Bretagne, il a vécu de nombreuses années en Inde et au Népal. Pendant longtemps il fut peu enclin à la publication, ne sachant pas surmonter les affres de voir ses textes figés comme dans le marbre. Car il a la fâcheuse habitude de les laisser maturer avant de les retravailler jusqu’à plus soif. Après avoir vu certains de ses textes publiés récemment dans la revue littéraire du Marais L’autre Rive , ainsi que dans la revue de poésie OuPoLi, il saute le pas et publie son premier ouvrage, Etienne et le Nouveau Monde, regroupant trois recueils de poèmes qui couvrent plusieurs années de création et de vie.